Anne-Marie Coutrot

Marcelle était une amie de ma belle famille, je l’ai connue en 1949. Elle était venue à Mirmande comme élève d’André Lothe et elle y était restée pendant la guerre. Ma belle mère lui avait laissé sa maison. Quand on venait à Mirmande on habitait chez Marcelle donc dans la maison des parents de mon mari.
C’était une femme très très attachante, belle, qui avait un sourire très charmeur, très éclatant . Pour moi c’était quelqu’un de la famille, quelqu’un qui m’a adoptée comme si elle était une grande sœur. J’avais 27 ans et on était très liées mais elle ne racontait jamais sa vie, elle vivait surtout sur l’instant , sur le présent avec les gens qui étaient là. Dans les années 50-60 il est arrivé beaucoup de jeunes qu’elle a adoptés tout de suite. Il y avait énormément de monde qui venait la voir en permanence.
C’était une femme qui avait un charme très étrange, elle vous mettait tout de suite à l’aise, mais en même temps il y avait quelque chose en elle qui restait toujours dans l’ombre, à la fois fermée et ouverte…On ne pouvait jamais rentrer dans son atelier, jamais on ne voyait ce qu’elle pouvait peindre, c’était sa peinture, elle en parlait certainement avec ses amis peintres , avec mena Loyput avec Pierre de Saint prie qui lui achetait des tableaux.
Elle parlait beaucoup des gens de Mirmande, c’était son monde. Elle a habité l’Argentine car sa mère avait épousé un Argentin, elle s’était mariée avec un Suisse qui l’a emmené à New York et elle ne l’a pas supporté et a divorcé pour revenir à Mirmande. A part la période africaine elle n’a jamais plus quitté Mirmande. Ce n’était pas une femme de la ville. Elle avait beaucoup de grâce et je la revoie encore avec son petit panier quand elle se promenait .

Elle avait une vie très réglée . Elle travaillait du matin jusqu'à 5h de l’après midi ensuite elle se promenait et vers 20h elle recevait ses amis. Les gens ici ne connaissait pas sa peinture, elle était très secrète.
Elle avait des toiles de ses amis peintres mais n’avait aucune envie de chercher à faire des expositions ni ici ni à Paris. Son atelier était fermé à clé . Elle était très bavarde mais uniquement avec des gens qu’elle connaissait.
Elle avait une personnalité très forte, primesautière s’intéressant beaucoup aux autres mais discrète sur son histoire, elle ne faisait rien pour être connue, ce sont les Sapet qui l’ont poussée dans ses retranchements pour une exposition à Valence, sinon rien. Elle fumait comme un sapeur des cigarettes bien lourdes, ce qu’elle aimait beaucoup c’était aussi jouer aux cartes, des soirées entières.
Une vie de peintre, une vie pour sortir, et une vie pour la nuit. C’était très important que les gens l’aiment, elle était très sensible à la jeunesse, et elle aimait aussi les gens du cru, Elle n’avait pas beaucoup d’argent, elle peignait sur la même toile au moins 5 ou 6 fois, elle a fait beaucoup d’huile sur papier car elle n’avait pas les moyens, mais elle avait sa fierté .
Le maquis de Mirmande a été très important, la radio émetteur de la résistance était chez Marcelle, la gestapo l’a su et les maquisards l’ont enlevée à temps, elle a été embarquée par la gestapo et est revenue le lendemain. Dans ce village elle se sentait chez elle.