Florian Serron
C’est grâce à un ami que j’ai rencontré Marcelle pour la première fois en 1966, au moment où j’ai acheté ma maison. Après que nous ayons conclu l’achat il m’a dit « viens on va fêter ça chez Marcelle » . Une fois chez elle, elle a dit « maintenant que tu connais le chemin, ( elle avait un peu la voix d’Arletty ) tu viens quand tu veux mais pas avant 5 heures du soir parce que je peints » . Une fois qu’on y était on ne savait jamais combien de pastis on allait boire, ni de verres de bière blanche, combien de gauloises on fumerait , elle nous foutait systématiquement à la porte quand il n’y avait plus de gauloises.
C’était une charmeuse et une enchanteresse, elle aimait charmer et le faisait très bien, car elle ressentait ce qu’elle voyait et on le retrouvait dans sa peinture. Elle enchantait son entourage. Elle a fait des séries de portraits des gens à leur insu, je n’ai su qu’après sa mort qu’elle avait fait le mien. Elle a fait un grand nombre de natures mortes, elle ne vivait que pour sa peinture, et était d’une grande exigence par rapport à son travail sous son apparence désinvolte ce qui révélait un personnage aimant provoquer. Vous avez autant d’images de Marcelle que Marcelle a peint de nature morte .et autant de légendes de Marcelle qu’elle a pu créer d’enchantement. Elle était toujours imprévue et quelques fois avec des partis pris tenaces mais qui faisaient partie de sa légende.
Elle adorait regrouper autour d’elle les jeunes qu’elle aimait d’ailleurs beaucoup, et évidemment elle émerveillait, elle éblouissait . C’était étonnant de voir l’osmose entre sa peinture, sa maison et elle. La petite pièce ou elle vivait tout le temps, ou elle a peint toutes ses natures mortes reste toujours pour moi quand j’y retourne un lieu de vive émotion, c’est dire à quel point elle l’a imprégné. Elle montrait son atelier très rarement, et à peu de personnes.