Yannick Cadet
J’ai connu Marcelle en 1975, je venais tous les ans en vacance et je connaissais Nicole Houdard. Je suis installé en 1980 et forcément on ne pouvait pas éviter Marcelle, on la voyait très peu mais on savait. Il y avait un petit café « Chez Bon » et souvent on se retrouvait à la terrasse. Tous les jours à 5 heures Marcelle sortait de chez elle, passait devant nous et nous saluait avec son grand sourire et son visage tout ridé (alors que beaucoup se font tirer la peau) elle était très belle, un visage extraordinaire, elle ressemblait au pays où elle avait vécu, l’Argentine, ces femmes marquées par les ans et l’expérience. Elle passait donc avec son petit panier et j’ai appris plus tard que tous les jours elle partait à 5h et revenait à 7 h avec dans son panier des cailloux, des fleurs séchées, des choses qu’elle avait accumulé et rentrait chez elle. C’est grâce aux Sapet que j’ai vraiment fait sa connaissance, elle avait une passion en dehors de la peinture, c’était de jouer aux cartes et c’est ce plaisir des cartes qui nous a réunis. Une fois sur 4 on se réunissait chez l’un de nous, on arrivait vers 7 h , l’heure de l’ appéro, du pastis. Alors la personne qui invitait avait préparé un repas, et c’était la belote, on pouvait tricher comme on voulait, mais on avait pas le droit de recommencer la même triche, il fallait innover chaque fois et il fallait aussi découvrir comment trichait l’autre.

Marcelle n’aimait pas perdre, une fois elle a jeté ses cartes et jeune comme j’étais, je me suis baissé pour les ramasser, alors elle m’a dit « Tu es assez con pour les ramasser ! ». C’était le personnage de Marcelle. Les derniers temps elle allait très mal, elle avait un bras paralysé et on lui avait fabriqué un petit instrument en bois pour jouer encore aux cartes. Personne ne rentrait dans son atelier, vraiment personne et un jour que je devais faire une petite réparation dans une pièce où il me fallait traverser son atelier pour y accéder, elle m’a bandé les yeux pour le traverser. Il était hors de question de voir son atelier, je pense que la seule personne à y être rentrer c’était Danielle Sapet. Il y avait avec Marcelle une sorte de fusion.
Elle avait aussi une passion, elle voulait entendre de la musique le soir : elle avait un vieux électrophone et trois disques, un Carlos Garden, un Julien Clerc dont elle n’écoutait qu’une chanson, La fille de la véranda, et Lucie de Beausonge et n’écoutait rien d’autre que ça. Elle dansait très très bien le tango, elle aimait trouver un bon danseur et elle dansait très serré.
Ce qu’ont fait Bernard et Danielle, c’est fabuleux même si la maison s’appelle « La galerie Sapet » il y a toujours l’âme de Marcelle dans cette maison. Marcelle c’est un personnage vraiment multiple, pendant la guerre elle récupérait des sacs en toile de jute et elle peignait la dessus et certaine fois elle peignait 5 et 6 fois sur la même. . Elle pouvait donner une toile en échange de nourriture , elle n’avait pas d’argent pour acheter de quoi peindre et c’est plus tard quand elle a rencontré Bernard et Danielle que jusqu’à la fin, une ou deux fois par semaine, ils lui amenaient des cigarettes, de la nourriture, du matériel pour peindre et là elle n’a plus eu aucun souci pour enfin peindre à sa guise.